Sousveillance
La sousveillance est un concept théorisé par le professeur, ingénieur et inventeur canadien Steve Mann. Employé pour la première fois en 2003 dans l’article Sousveillance: Inventing and Using Wearable Computing Devices for Data Collection in Surveillance Environments , ce terme désigne une surveillance inversée où la caméra n’est plus un dispositif cache venu d’en haut, tel un œil divin, mais plutôt un regard électronique à échelle humaine, pleinement assumé par son porteur.
Ainsi, le concept de sousveillance s’applique lorsqu’on observe un renversement hiérarchique du regard, lorsque le surveillant devient surveillé. L’individu pratiquant la sousveillance d’un lieu ou d’un événement fortement surveillé se positionne alors comme un miroir, combattant le feu par le feu , le regard d’en haut par celui d’en bas.
Cette forme de réappropriation et de démocratisation du regard surveillant est souvent associée à un geste de résistance face au pouvoir dominant et à sa surveillance systématique. En effet, dans plusieurs cas, la sousveillance permet de pallier un rapport de pouvoir habituellement asymétrique. Se munir de caméras portatives afin de se filmer soi-même ou ses interactions en public, comme l’ont fait certains artistes comme Ai Weiwei et Hasan M. Elahi , entraîne non seulement la production d’un alibi évolutif et continu contre toute forme d’accusation, mais soulève aussi une sorte de réflexionnisme décourageant les abus de pouvoir de certains surveillants détenant une forme d’autorité sur la population.
Cela dit, bien qu’elle soit couramment mobilisée comme forme de résistance, la sousveillance peut également se déployer comme un outil à des fins purement artistiques et scientifiques. Le port constant d’un appareil d’enregistrement, comme le fait Steve Mann depuis plus de quarante-cinq ans avec ses « EyeTap » (lunettes électriques), peut permettre de produire à la fois une sorte de journal personnel et d’exploration artistique vivante et performative.












